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06.06.2019 Brian Lloyd Duckett

Surmonter sa peur en photo de rue – 3ème partie

Brian Lloyd Duckett

Brian Llyod Duckett (“Duck” pour ses amis) est un photographe documentaire, de voyage et de rue ; il dirige les ateliers StreetSnappers et TravelSnappers. Il est également associé dans une entreprise de photographie commerciale, réalisant des reportages pour des rapports annuels d’entreprise, des campagnes publicitaires et autres supports marketing. Mais sa véritable passion a toujours été la photo de rue.

L’intérêt de Brian pour la photographie a commencé à l’école où il avait accès à une chambre noire, avec l’encouragement d’un grand professeur d’art (merci Mr Freear) et une ferme conviction que les filles seraient plus attirées par « le gars avec l’appareil ». Sa première photo publiée dans un journal à l’âge de 15 ans exposait un chien mort dans une poubelle.

Brian anime des ateliers de photographie de rue et de voyage au Royaume-Uni et dans des villes européennes telles que Lisbonne, Venise et Prague – d’autres villes suivront. Les ateliers qu’il mène se font par petits groupes, ou individuels, ou sous forme de mentorat. Il enseigne en tant que conférencier invité en licence photo, conférencier également et juge dans des clubs photo à travers le Royaume-Uni.

Son premier livre, « Mastering Street Photography », est devenu un best-seller et le suivant – « 52 Assignments : Street Photography » – va sortir (tous deux publiés chez Ammonite Presse). Il écrit aussi pour des blogs et des magazines de voyage et de photo.

En dehors de la photographie, les passions de Brian pour le tennis et la voile compensent presque son penchant pour tout ce qui est italien – la nourriture et le vin.

Ne jamais regarder dans les yeux
C’est mon « conseil absolu » et ça peut changer la donne. Éviter le contact visuel est parfois difficile (du moins pour les gens sympathiques !) et il faut s’y habituer mais, en règle générale, je n’ai jamais de contact visuel avec les gens dans la rue. Une des rares exceptions serait lorsque je dois prendre contact avec mes sujets, par exemple lorsque je fais des portraits.
Vous connaissez probablement la situation : vous voyez quelqu’un que vous voulez photographier, vous captez son regard et… c’est fini, le moment est passé. Cette fraction de seconde d’hésitation issue du contact visuel a cassé l’opportunité et vous passez à autre chose, la photo est ratée. Il en va de même après la prise de vue. Le contact visuel pourrait mener à une conversation que vous voudriez peut-être éviter – et même à une confrontation. Dès que vous avez pris la photo, détournez-vous et donnez l’impression que votre attention est ailleurs.
L’un des moyens les plus simples d’éviter le contact visuel est de porter des lunettes de soleil – le contact devient impossible !
Se fondre dans le décor
Il est (généralement) important en photo de rue de passer inaperçu et de ne pas être identifié comme photographe. Vous avez beaucoup plus de chances d’y parvenir si vous faites corps avec le décor.
Réfléchissez bien à votre environnement et aux gens qui vous entourent. Vous avez l’air d’être à votre place ? Vous fondez-vous dans la masse ? Les gens sont moins susceptibles de vous remarquer si vous ressemblez à tout le monde. Il est important de ne vous singulariser d’aucune façon – et il est encore plus important de ne pas ressembler à un photographe. Vous serez plus discret si vous marchez lentement et évitez les mouvements brusques et rapides.
– Portez des vêtements foncés ou neutres – rien de trop élégant ou de trop négligé.
– Habillez-vous comme un « local »
– Cachez tous les signes de richesse
– Emportez le moins d’équipement photo possible

Le moins sera le mieux
Essayez d’éviter de ressembler à un « photographe ». Nous voyons tous des gens « shooter » dans la rue avec plusieurs appareils, des objectifs encombrants, d’énormes sacs à dos, des pochettes et des ceintures. C’est assez pour faire fuir vos sujets. Je suis plutôt du genre « un appareil photo, un objectif » et tout doit rentrer soit dans la poche de ma veste, soit dans un petit sac en bandoulière.

Utilisez un grand-angle
Avec un objectif grand-angle, vous pouvez viser vers quelque chose qui semble être en arrière-plan tout en photographiant la personne juste en face de vous. L’objectif 23mm (en équivalent 35mm) de mon X100F est idéal pour cela.

Oubliez les gens – Photographiez les paysages urbains
Si photographier les gens vous met mal à l’aise, je vous suggérerais de vous tourner vers des scènes de rue plus larges mettant en scène l’environnement plus que les gens. C’est un genre sous-estimé et pourtant très gratifiant. Plus lent, plus réfléchi, il est souvent techniquement plus délicat. J’anime une série d’ateliers sur le paysage urbain parallèlement à mes ateliers de photographie de rue. Nous explorons la relation des gens avec les constructions.

Connaissez vos droits
Vous serez un photographe de rue plus confiant si vous savez où vous en êtes d’un point de vue juridique. Au Royaume-Uni, dans la majeure partie de l’Europe et, en fait, dans une grande partie du monde, vous n’avez besoin de l’autorisation de personne pour prendre des photos en public.
Les lois britanniques sur la protection de la vie privée sont assez floues ; le point essentiel étant que « chacun a droit à sa vie privée et familiale ». C’est vraiment une question de bon sens : si vous pensez que ce que vous faites peut porter atteinte à la vie privée d’une personne, alors arrêtez. D’un autre côté, n’ayez pas peur de prendre la photo de quelqu’un, à moins qu’il fasse quelque chose de compromettant, vous pouvez légalement le photographier librement.
Vérifiez toujours les lois locales lorsque vous visitez un pays. En France, par exemple, la vie privée est gérée différemment et la réalisation et/ou la publication d’images d’une personne sans son consentement est illégale (c’est peut-être la raison pour laquelle nous voyons peu de photos de rue dans une ville aussi photogénique que Paris). En Allemagne, il existe un principe de « droit à sa propre image » qui vise à trouver un équilibre entre la vie privée et la liberté d’expression.
Certains pays adoptent une approche plus stricte. En Hongrie, par exemple, si vous prenez une photo dans la rue, vous enfreignez techniquement la loi si quelqu’un apparaît par hasard dans l’image, et cela en vertu d’un nouveau code civil qui interdit de prendre des photos sans la permission de chaque personne présente sur la photo.

Pour finir . . .
Voici un bref résumé de mes réflexions sur la photo de rue :
– Ne vous punissez pas – rappelez-vous : vous faites de la photo par plaisir ! Pour certains d’entre nous, la peur fera toujours partie de la photographie de rue à un degré plus ou moins important. Si cela vous dérange vraiment, trouvez un type de photographie de rue mieux adapté à votre personnalité, comme les paysages urbains.
– Entraînez-vous à ne pas établir de contact visuel – avant, pendant et après la prise de vue – cela augmentera votre confiance en vous.
– Regardez le travail de certains grands photographes de rue ne mettant pas en vedette des gens comme Ernst Haas, Saul Leiter, Fan Ho et Eugène Atget – et voyez s’ils vous inspirent.
– Sortez et prenez des photos. Plus vous en ferez, plus vous vous sentirez détendu.
– Allez-y avec un ami – beaucoup d’entre nous se sentiront plus en confiance s’ils ne sont pas seuls.
– Il ne s’agit pas seulement de photographier des personnes – essayez la photographie de rue abstraite.
Vous avez manqué les deux premières parties de cette série ? Lisez la 1ère et la 2ème partie pour plus de conseils sur la photo de rue.

** Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur. **